POURQUOI?

fb-1

Le Voyage, comme l’amour, représente une tentative pour transformer un rêve en réalité

Alain de Botton

Il y a un âge dans la vie, où l’on se rend compte qu’on arrive à une intersection. Soit on se marie, on fait des enfants, on achète un chien, une Mégane et on prend un crédit sur 30 ans pour acheter un appart, ou alors on se consacre à son job, on fait des horaires de dingues, on regarde son téléphone, ses textos, ses mails toutes les trois minutes, et 10 ans après on se rend compte qu’on a raté sa jeunesse…

Mais que faire quand on ne rentre dans aucun de ces schémas?
Comment faire quand on se rend compte qu’on n’est pas prêt pour cette vie rangée, ce train-train…?
2 ans, seulement, après la sortie de l’école et on peine déjà à s’imaginer faire la même chose pendant les 45 prochaines années!

Plus sérieusement, un tour du monde, un grand voyage, une expatriation ou simplement un congé sabbatique, ce n’est pas quelque chose qui se fait à la légère, mais presque… Puisqu’au final qu’est-ce qu’on a à perdre?
Un job fatiguant, un statut ultra précaire, aucune retraite en vue, ni chômage, mais des envies et des projets plein la tête.
Une vie parisienne trop chère, des gens qui font la gueule et qui oublient de faire attention aux autres, la tristesse sur chaque visage, le métro qui pue, le manque de nature…
Un jour on se rend compte qu’on est aussi gris que la ville qui nous entoure et là, c’en est trop!
La vie ne se résume pas à un écran d’ordi 10h par jour, un iPhone et un appart à 900€.
« C’est pas si mal… », « C’est déjà ça… », « Ca ira mieux dans quelques années… », « C’est la crise… » ce genre de phrase devient récurrente et c’est insupportable, pourquoi se contenter du minimum? Pourquoi accepter de travailler pour une bouchée de pain alors qu’on a Bac +6, sous prétexte que « les autres » sont au chômage? Pourquoi vivre dans ces conditions pour satisfaire à une norme, pour ne pas faire de vagues…?

Quand je serais grande, je serais cowboy, je ferais du surf, j’irais plonger dans la grande barrière de corail, je monterais à dos d’éléphant, je soignerais des kangourous, je regarderais la mer depuis la fenêtre de ma chambre, je monterais à cheval sans casque, je sourirais, je serais heureuse…
J’entends déjà mes confrères architectes hurler au scandale, « Et l’architecture dans tout ça?? »
Dans un domaine comme celui-là, on fait un métier passion… On dort architecture, on mange architecture, on vit architecture! Et bien ce n’est pas mon cas, je refuse de sacrifier ma vie à un travail si peu valorisant! L’architecture est un metier que j’exerce avec plaisir, mais pas au détriment du reste.

Avec pour seule fortune, le petit pécule économisé en un an, on a décidé de se tirer, de mettre les voiles et d’aller voir si l’herbe est plus verte chez le voisin.
Qu’est ce qu’on risque? Au pire en rentrant, on finira Architecte auto-entrepreneur… Ah mais c’est vrai, c’est déjà le cas!!!
Bref, on ne risque pas grand chose, finalement, si ce n’est de revenir avec quelques milliers d’euros en moins et des images plein les yeux. La galère nous attendra au retour, il n’y a aucun doute là dessus, si on revient…
En effet, le plus gros risque, c’est de ne jamais revenir!

Mais qu’est-ce qu’on fuit?
Ce sentiment qui nous hante chaque matin, cette impression, dans nos tripes de ne pas être à notre place, de s’ennuyer après quelques mois au même endroit, ces discussions pendant lesquelles l’esprit s’évade et où on ne pense qu’à une chose : cet ailleurs!
Mais est-ce vraiment une fuite? N’est-ce pas plutôt un besoin viscéral de ne pas rentrer trop vite dans ce système qui finira immanquablement par nous rattraper?

Après quoi court-on? C’est cela, il me semble, la vraie question.
Ce besoin, plus fort que tout de découvrir le monde, de visiter chaque recoin de la planète, d’en rencontrer chaque habitant, de gouter chaque plat…
Nous allons nous enivrer d’images, de goûts et de couleurs, de sons, nous savourerons chaque goute de ce monde jusqu’à plus soif! Lorsque nous serons rassasiés d’un endroit, nous irons un peu plus loin, et un jour, peut-être nous allons trouver notre Eldorado!